LA MÈRE MAGDALENA

La Mère Maria Magdalena de Jésus du Saint-Sacrement [dans le monde : Maria Giuseppina Teresa Marcucci], est née le 24 avril 1888 à à San Gemigliano Moriano, dans la province de Lucques (Italie), au mileu d'une famille aisée, très chrétienne. C'est dans cette même région qu'est née, en 1878, sainte Gemma Galgani [photo ci-contre], qui eut une profonde spirituelle influence sur elle. Elle eut d'ailleurs les mêmes directeurs spirituels : le P. Germain de Saint-Stanislas (1850-1909), passioniste, et Mgr Volpi (1860-1931), qui fut évêque d'Arezzo.

sainte Gemma Galgani

Elle raconta elle-même ce que furent ses premières années, notamment (1) dans une lettre qu'elle écrivit au P. Arintero, sur sa demande, le 7 février 1922 (2), elle parle de sa "conversion" à l'âge de 13 ans, et elle ajoute : « avant ma naissance, Maman m'offrit et me consacra à la Très Sainte Vierge. À cause de cela, je dois à cette Mère du Ciel d'être retournée au bercail. Tout ce qui peut se faire de mal à cet âge, je l'ai fait. Je ne recherchais que jeux, espiègleries, distractions mondaines. Mes deux grandes soeurs et maman, très chrétiennes, me retenaient. Mais parfois j'obtenais ce que je voulais, par des mensonges, des tricheries et des ruses.

« Le Seigneur m'avait donné une intelligence précoce, que j'employais pour le mal. D'un naturel ardent et fougueux, plus masculin que féminin, je ne laissais aucune tranquillité partout où j'allais.

Son « premier appel » eut lieu le jour de sa première communion, à 9 ans. Elle s'empresse cependant d'ajouter : « mais je ne l'ai pas su », bien qu'elle ait ressenti l'impression d'être «assujétie à une personne qui avait beaucoup de force ». Elle resta là, à attendre, sans savoir encore ce qu'était une action de grâce. C'est le lundi de Pâques, 30 mars 1902, qui marqua un tournant décisif. Alors, qu'elle avait l'habitude de se sauver à peine la messe terminée, elle voit deux enfants de son âge se préparer à faire le chemin de croix. Comme « poussée par une force invisible », elle va les rejoindre, et en regardant les stations dont elle connaît à peine la signification, elle sent s'accomplir en son âme une « transformation inexplicable ». « Après avoir terminé - explique t-elle - je n'étais plus celle d'avant ; l'heure de la grâce était arrivée et avait triomphé », et sa vie changea en effet, plus sérieuse, plus obéissante, Maria se confessant chaque semaine, et communiant bientôt chaque jour, se livrant à des oeuvres de miséricorde. Bientôt, elle résolut de devenir religieuse, et vers l'âge de 15 ans elle entendit une voix - qu'elle dit être celle de son Ange gardien - l'invitant à laisser ses amies « car Dieu a sur toi d'autres desseins ». En 1905, à 17 ans, elle fit voeu de chasteté et porta un silice, avec l'autorisation de son confesseur. « Je crois que cela plus à Jésus, car il m'en récompensa avec des profusions de grâces (...) Jésus me fit sentir que Lui était l'amour après lequel soupirait mon coeur ».

C'est à peu près à cette époque qu'elle rencontra le P. Germain, confesseur de sainte Gemma Galgani, qui la première fois qu'il la vit lui dit : « Voici la Madeleine passioniste (...) Je te jure devant Dieu que tu seras religieuse Passioniste. Le ciel et la terre passeront mais les paroles de Dieu s'accompliront ». Le 10 juin 1906, en effet, elle entra au couvent des Passionistes de Lucques, récemment fondé par sainte Gemma Galgani, et où elle eut une sainte supérieure, la M. Marie-Josèphe du Sacré-Coeur - dont elle écrira plus tard une vie en espagnol (3).

Le 18 mars 1913, à 25 ans - ce qui en dit long sur le crédit dont elle disposait déjà - elle partit avec cinq religieuses pour le Mexique, afin d'y établir la première fondation féminine passioniste, au milieu des terribles dangers auxquels les catholiques étaient alors exposés dans cette période de persécutions. Elle en fit elle-même un rapport d'environ 40 pages qu'elle transmit à ses supérieurs à Rome. Pendant sept mois, les religieuses durent vivre complètement sécularisées, changeant plusieurs fois de maison, exposées aux bombardements.  L'ordre leur fut dès lors donné de revenir. Encore au Mexique, elle entendit à plusieurs reprises, dans ses oraisons : « Je t'attends en Espagne ». C'est là, en effet, qu'elle fut finalement envoyée, en 1916. Les religieuses trouvèrent leur premier refuge à Deusto (Biscaye), près de Bilbao.

Indiquant au Père Arintero, dans la lettre précitée du 7 février 1922, qu'elle médita alors sur la grandeur de sa vocation, « oeuvre d'amour des Trois Personnes Divines », elle ajoute : « Je commençais à comprendre les activités de la grâce dans l'âme, qui ne met pas d'obstacle, et je découvris combien est simple le chemin de la sainteté ». Elle poursuit alors, à l'adresse du P. Arintero : Le Seigneur ne désire pas autre chose, sinon que nous nous rendions compte de l'amour qu'Il a pour nous et ceci sans rien faire d'autre, de notre côté, que d'ouvrir la bouche pour qu'Il nous remplisse de son Esprit. Mon Père, je me rappelle avoir lu dans votre revue (4) "que les hommes ne réussissent pas à trouver la sainteté à cause de sa grande simplicité". Père, ne vous lassez jamais de répéter cette vérité ».

(à suivre)

__________

(1) On se reportera également à son autobiographie, rédigée sous le titre : Apostola dell'amore, Autobiografia di Jesùs Pastor, ovvero di Maria Maddalena Marcucci Passionista, Libreria Editrice Vaticana 2001. Cf. texte (en italien) sur le site madre Maddalena.

(2) tiré de Hacia las cumbres de la union con Dios, Salamanca 1985, sous la direction du P. Arturo Alonso Lobo.

(3) Una amiga de santa Gemma, Ed. San Pablo, Madrid 1958.

(4) La revue de théologie spirituelle et mystique La Vida Sobrenatural, fondée par le P. Arintero en 1920-1921.

Maria Giuseppina